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Prisme et l’histoire du caddie... Par Jacques F.

Il y avait une fois, perdu dans les broussailles, en bordure de l’un des chemins qui mène à la place de jeu ; juste au bord du lac, un caddie abandonné.

 

Sa position indiquait qu’il avait été bêtement et sans ménagement poussé dans les buissons. Voici ce qu’il m’a confié il y a quelques jours lorsque je le poussais dans les couloirs d’une grande surface.

Depuis plusieurs jours, me dit-il, je demeurais là, seul au milieu des épines.wp4d4783f0.png J’avais lâchement été oublié, abandonné. Je me sentais inutile, loin de mon lieu de travail où je me plaisais tant. La solitude me devenait insupportable. Il faut dire que ma vie, jusqu’alors, avait été remplie de contacts. Toutes sortes de gens : fortunés ou non, seuls ou en famille, agréables ou rébarbatifs, peu importe, j’aimais me promener dans les couloir illuminés de ce super marché qui était toute ma fierté. Là, vraiment, j’existais. Là, j’avais toute ma raison d’être.

Ah, ce que je pouvais me réjouir lorsque je voyais venir à moi toute une famille ; surtout lorsqu’elle était accompagnée d’un tout petit enfant car c’est en général au plus petit que l’on réservait la meilleure place, la plus élevée de ma personne, celle qui

dominait et se trouvait tout près de mes belles et imposantes poignées rouges !

Mais maintenant,  prisonnier de ces buissons,  et bien que beaucoup de gens passaient jour après jour tout près de moi, personne ne semblait plus s’intéresser à moi. Indifférents à ma solitude, ces gens que j’avais pourtant servis des années durant, me laissaient là, inutile, seul.

 

Bien sûr, ceux qui m’avaient poussé et abandonné dans ces épines ne se souciaient plus de moi, occupés qu’ilswpf5bd8bda.png étaient à passer leur temps sur les terrains de jeux d’à côté et toujours prêts à imaginer quelque autre farce, juste pour tuer le temps, juste pour rire un coup !Cependant, il m’arrivait quelques fois d’espérer un miracle  lorsque les rayons du soleil faisaient briller ma jolie structure métallique argentée, mais personne ne semblait me voir,... non certainement, personne ne s’intéresserait désormais à moi !

 

Or, voilà qu’un jour où je n’en pouvais plus, je sentis des mains se poser sur moi. Je tressaillis de tout mon être de caddie et j’eus soudain l’impression que mes roulettes allaient me faire défaut.

Une joyeuse équipe de jeunes passait par là, riant et plaisantant de tout. Aïe, qu’allaient ils encore inventer pour me torturer ?

A mon grand étonnement, plusieurs me saisirent alors tout doucement et me sortirent de ma prison d’épines. Ils me remirent avec beaucoup de précautions sur le chemin, contrôlèrent chacune de mes roulettes et furent d’avis que je pouvais encore servir. J’eus alors la forte impression d’être redevenu quelqu’un !

 

Dès cet instant, adopté, je me sentis faire partie du groupe et je m’appliquai à le leur faire comprendre. Ils me prirent avec eux et je les suivis partout où ils allaient. Leur joie était communicative et je me sentais revivre en leur présence. wp6affe581.png Le long du chemin, il y eut des hauts...il y eut aussi des bas...Une question alors s’imposa : qui allait monter et s’installer sur ma noble personne, le fier caddie à nouveau utile ?...et...qui accepterait de me pousser ? La course était interrompue un court instant, juste ce qui fallait pour alterner entre les pousseurs et les passagers...et voilà que çà repartait de plus belle. Enfin, après un long périple complètement débridé, les voilà qui s’arrêtaient à bout de souffle. Ce fut alors tout- à- fait étrange pour moi. Autant avaient-ils été excités tout à l’heure, autant étaient-ils soudain devenus sérieux et disciplinés. Ils formaient maintenant un cercle presque parfait, me laissant la, à nouveau tout seul sur le chemin. Je pouvais les observer et quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’ils levèrent tous les yeux vers le ciel ! J’eus beau scruter moi aussi l’horizon, je ne voyais rien du tout. J’avais la nette impression qu’ils étaient entrain de s’adresser l’un après l’autre à quelque être invisible qu’ils connaissaient bien ! Pourquoi donc me laissaient-ils de côté ? Voilà que j’étais entrain de ruminer encore quand ils se mirent à chanter.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Alors, tout à fait simultanément, dès les premières paroles exprimées en musique, je sentis comme un grand frisson parcourir tour mon être de caddie et une joie indescriptible m’envahir tout entier. Cette joie était telle que j’avaiswp53873d42.png l’impression que ma personne se remplissait d’une eau pure et fraîche. Je n’y comprenais rien, l’eau montait en moi, et cela malgré tous les orifices de ma structure grillagée sans qu’aucune goutte ne s’écoule à l’extérieur.

Plus ils chantaient, et plus l’eau montait, jusqu’à déborder de chaque côté et se déverser sur le sol ruisselant autour de moi. Alors, l’eau devenait si abondante et coulait si fort que j’ai même cru voir un poisson rouge jaillir de ce bouillonnement et s’en donner à cœur joie. J’aurais aimé que çà dure éternellement, mais lorsque mes amis revinrent me chercher, l’eau avait déjà cessé de couler et le poisson disparu.

Eux ne semblaient même pas prêter attention au sol encore tout détrempé. Alors, on repartit, reprenant le chemin. Certains poussaient, les autres se laissaient tirer jusqu’à une nouvelle halte où le même rituel recommençait. Tout cela me ravissait, les chants, l’eau qui revenait et qui montait, le petit poisson qui faisait de superbes cabrioles ...le débit, toujours plus fort et la joie que j’en éprouvais ! Mes nouveaux amis me rendaient vraiment heureux...

 

wp74f7738b.png Le soir arrivant, le chemin devint doucement plus sombre, la nuit se fit plus dense. La lumière des lampadaires faisait maintenant briller les milliers de petites perles accrochées désespérément à mon  treillis encore humide.

Au gré du chemin, celles-ci disparurent peu à peu. Je fus gentiment reconduit à mon port d’attache et réintroduit dans l’une des chaînes de caddies qui, eux aussi attendraient le jour suivant pour reprendre vie sous la main des clients. J’ai bien essayé de partager mon histoire avec le collègue de devant, puis aussi celui de derrière, mais ni l’un ni l’autre n’a ne m’a prêté la moindre attention, personne ne m’a cru !...

Alors maintenant, je me tais et je garde pour moi ce que j’ai vécu. Vous me croirez ou non, mais si toutefois il vous arrivait de rencontrer ces amis, écoutez les...

Peut-être qu’alors vous sentirez, vous- aussi, cette joie monter en vous comme de l’eau vive,...jusqu’à déborder tel un fleuve en crue !

 

Alors, s’il vous plait, venez me chercher et ramenez-moi vers eux.Vous me reconnaîtrez à un signe ;

je suis le seul caddie qui conserve quelques gouttes brillantes sur mon grillage.

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                       Saint-Blaise, le 7 décembre 2007

 

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