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Gouttes de pluie

...Nous sommes au cœur de l’enregistrement, les instruments jouent fiévreusement depuis déjà quelques heures, donnant le meilleur d’eux-mêmes, s’essayant à des riffles endiablés, des solos déjantés, des accompagnements improvisés (et oui, une ou deux de nos chansons ont parfois des instants musicaux totalement revisités, créés là, en plein studio…). L’atmosphère est au travail : enregistrement, prise de son, écoute, nouvel essai, on recommence : tout le monde se tait, plus un bruit, c’est parti, et non, trop tard, zut, t’étais pas dans le rythme, non chante plus haut, t’as loupé une corde, il y a une note fausse, on n’entend pas le violoncelle, l’enregistrement n’a pas marché, oui ça y est, c’est la bonne, on la garde ! Et ces phrases résonnent depuis presque une semaine déjà au centre de Moutier…

 

Ce matin, on enregistre « la Vie », morceau phare, puisque c’est aussi le titre de notre cd. De plus, nous n’avons que la matinée pour le faire car notre bruiteur d’oiseau, John Maire, vient uniquement aujourd’hui…

Tout roule, enregistrement habituel avec « ses hauts, ses bas »  jusqu’à ce que l’on entende un bruit de fin du monde de l’autre côté de la rue… Les ouvriers ont commencé leur journée de travail et doivent, apparemment aujourd’hui même, commencer d’importants travaux à côté du Parpaillot. Manque de pot, un son de pelleteuse n’est pas le bienvenu sur la bande son.

 

On aurait pu s’attendre à une crise de nerf de notre part. La fatigue aidant, nous aurions pu hurler, aller s’expliquer à renfort de cris désespérés auprès de ces travailleurs, leur démontrer avec force et fracas combien il est important de nous laisser enregistrer, que cette semaine de studio c’était l’aboutissement de mois de travail, de mois de prières et que leur fichue route trouée depuis des mois pouvait bien attendre deux ou trois jours avant d’être réparée. On aurait pu. Oui, ç’aurait pu être une réaction humaine et compréhensible.

 

Sauf que ça ne s’est pas passé de cette manière…

 

Curieusement, personne ne s’est énervé. Certes un peu inquiets, mais pas énervés. On a tout arrêté et on s’est demandé qu’est-ce qu’on pourrait faire pour éviter ces bruits. Alors on a prié, juste un tout petit moment.

Et il a commencé à pleuvoir, beaucoup, des seaux, des trombes, la mer en entier au-dessus de nos têtes!

Et le bruit des machines s’est arrêté.

 

Simon et moi on s’est dit qu’au lieu d’aller leur expliquer qu’il ne fallait pas recommencer à creuser, on allait plutôt leur donner quelques uns de nos flyers, faire un peu de pub, pouvoir peut-être témoigner, comme le Seigneur avait pu le permettre plusieurs fois déjà ces derniers jours.

On est sortis sous la pluie, avec nos capuches cachant la moitié de notre visage. Et on s’est retrouvé face à deux jeunes de nos âges, en habits oranges, aux grandes bottes boueuses, à l’abri sous un pont, une machine de chantier délaissée à leurs côtés. Il y avait un blond, plutôt grand, qui s’est mis à parler volontiers avec nous. Et un noiraud, un peu plus petit et un peu plus timide.  

Le blond travaillait là uniquement pendant les vacances, il avait commencé des études de physiothérapeute à Lausanne. Nous avons ainsi discuté pas mal de temps à propos de nos études, du milieu hospitalier et de toutes ces choses qui réunissent ceux qui travaillent dans la santé. Le moins bavard était constructeur de route. Dommage, j’ai eu l’impression qu’il pensait que je me moquais de sa profession lorsque je me suis exclamé que c’était un beau métier. J’étais pourtant réellement impressionnée, je suis toujours impressionnée par les travailleurs manuels.

On leur a donné des papillons de notre groupe et expliqué que nous voulions laisser un message à ceux qui écouteront nos chansons, que cela parlait de paix, que les paroles étaient des versets de la Bible. A ce moment-là, le blond s’est exclamé : « De la Bible, vraiment ? C’est chouette ! »

 

Et ils ont tous les deux enfouis les deux bout de papier avec notre site Web dans leurs vestes matière plastique détrempées.

 

Après cela et de façon totalement inexpliquée, nous n’avons plus entendu de la journée le bruit des machines et nous avons pu enregistrer « La Vie » sous la pluie. Si vous tendez bien l’oreille vous entendrez cette eau tombée du ciel accompagner les chants d’oiseaux à la fin du morceau.

Ce fut le cadeau de Dieu pour cette journée-là : pas de machines, une belle rencontre, et de la pluie au bon moment pour conclure notre cd sur une note apaisante et imprévue…

J’appelle ça un miracle…

 

Et puis Isabelle a réalisé quelque temps plus tard que ce jeune homme blond et étudiant physiothérapeute elle le connaissait bien. Il était chrétien !

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